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Discriminations et violences policières : la France toujours en retard

16 juillet 2020 dans Partenariats

Après plusieurs jours de révoltes aux Etats-Unis faisant suite au meurtre de Georges Floyd étouffé par un policier de Minneapolis et une vaste mobilisation internationale autour du mouvement Black Lives Matter (BLM), plusieurs pays ou villes s’emparent des revendications du mouvement pour lutter contre les discriminations au sein de la police et améliorer les relations police-population. Tour d’horizon.

© Photo by Chase Baker on Unsplash

« Un mois après la mort de Georges Floyd, porté par plusieurs associations et élu·es progressistes, le mouvement « Defund the police » (« Démantelez la police ») a déjà obtenu des résultats » souligne le journal Médiapart. Après avoir acté que « le département de police de Minneapolis n’est pas réformable », les conseiller·e·s municipaux de la ville se sont «  engagés à démanteler les services de police et à reconstruire avec notre population un nouveau modèle de sécurité publique » rapportait le Figaro. Durant un an, les habitant·es de cette ville meurtrie, en particulier «  les Noirs, Amérindiens, personnes de couleur, immigrés, victimes de violence et autres acteurs historiquement exclus ou mal servis par le système actuel  » seront invités à faire des propositions pour un maintien de l’ordre alternatif garant de la «  sécurité de tous les habitants ».

À New-York, dans la nuit du 30 juin, la ville a adopté un budget réduisant de plus d’un milliard de dollars les fonds alloués au NYPD (New York Police Department). A Albuquerque (Nouveau-Mexique), le maire a annoncé mi-juin la création d’une agence de sécurité, dont les agents seront désarmés consacrée à la gestion des plaintes liées à la consommation d’alcool, aux addictions, et à la santé mentale, composée de travailleurs sociaux et de professionnels de la prévention de la violence, afin de délester policiers et pompiers de ces missions sociales et sanitaires.

Au Canada, obligation pour les agents de décliner leur matricule et le motif des contrôles

« Clairement, il y a des incidents de discrimination qui sont survenus dans le passé. On n’en veut pas, de profilage [ethnique]. On veut le respect des gens sans discrimination et sans racisme. C’est le message qui est passé dans l’organisation » a reconnu le chef de la police montréalaise Sylvain Caron. Le Service de police de la Ville de Montréal demande désormais à tou·t·e·s ses agents de décliner clairement auprès des personnes contrôlées les « faits observables » qui ont conduit à un contrôle d’identité. Un nouveau système de «  fiches informatisées » indiquera aussi «  l’identité ethnoculturelle perçue ou observée » par l’agent lors des interpellations. Ces nouvelles données collectées seront mises à disposition de chercheur·euse·s en science sociale afin de produire des analyses plus systémiques sur l’institution policière. Des associations locales regrettent néanmoins qu’aucun système de sanction n’ait été mis en place, la direction indiquant simplement qu’une «  prise en charge par des coachs en interpellation  » sera proposée aux agents fautifs.

Au Canada, les règlements policiers varient d’une province à une autre, et l’Ontario avait déjà su proposer des réformes très ambitieuses. Dans la plus peuplée des provinces canadiennes, les policiers sont tenus d’informer les citoyen·nes qu’ils ont le droit de refuser de donner leur identité lors d’un contrôle s’ils jugent les motifs infondés. Lors de chaque contrôle, l’agent doit remettre à la personne contrôlée une fiche contenant son nom, son numéro de matricule et des renseignements sur le traitement des plaintes.

Ces règles récentes ont entraîné une baisse drastique des interpellations soulignant aussi l’importance de rompre avec les politiques du chiffre imposées aux agents par leurs hiérarchies et les responsables politiques.

Contrôles au faciès : une enquête indépendante à Londres et des plaintes facilitées à Berlin

Une vaste enquête sur l’ampleur des discriminations raciales au sein de la police britannique a été lancée, a annoncé, vendredi 10 juillet, Michael Lockwood, directeur général du Bureau indépendant sur le comportement policier (Independent Office for Police Conduct, IOPC). « L’enquête portera dans un premier temps sur les données relatives aux interpellations, aux fouilles et à l’utilisation de la force vis-à-vis des minorités ethniques » souligne le journal Le Monde. Alors qu’en France, la « police des polices », l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) reste une entité sous contrôle du ministère de l’Intérieur, les Britanniques proposent avec l’IOPC un autre modèle de contrôle plus impartial et indépendant. Cette autorité administrative est dotée de pouvoirs pour investiguer les plaintes contre des policiers mais aussi pour faire des propositions politiques, en lien avec la société civile, pour améliorer le maintien de l’ordre et les relations police-population.

A Berlin, la municipalité vient de faire passer une nouvelle loi locale facilitant les plaintes contre les discriminations du fait d’une administration ou de la police, ciblant plus spécifiquement les contrôles au faciès. «  Si quelqu’un est par exemple systématiquement contrôlé par la police, qu’il existe une série d’éléments qui laissent penser que c’est sur une base discriminatoire, et si la police ne peut pas prouver qu’elle avait des soupçons solides pour contrôler cette personne, alors cette pratique pourra être jugée discriminatoire », explique Sebastian Walter, élu municipal vert à Berlin pour le journal Bastamag.

Ensemble contre le racisme et pour en finir avec les discriminations !

En France, malgré des mobilisations récentes sans précédent dans plusieurs villes de France pour dénoncer les violences policières et le racisme de certains de ses agents, portées par des familles de victimes comme le comité « Justice et vérité pour Adama » (Traoré) et le le collectif « vies volées », le gouvernement refuse toujours de reconnaître cette réalité tandis qu’une poignée de policiers manifestent pour le droit d’étrangler, de contrôler abusivement, de discriminer en toute impunité …

VoxPublic continuera dans les prochains mois de soutenir des associations qui luttent contre les contrôles au faciès et les discriminations. Si vous avez été témoins de contrôles vous paraissant discriminatoires, n’hésitez pas à faire connaître votre témoignage via la « hotline » mise en place par VoxPublic et ses partenaires associatifs et avocat·e·s depuis ce site :http://www.temoignages-controles-facies.org/

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    • 1.4 Mo - JPEG - juillet 2020

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