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Un « plan Migrations » indigne

Publié le 19 juillet 2017

Le 12 juillet, le Premier ministre, entouré de cinq ministres, dont celui de l’Intérieur, G. Collomb, a présenté à la presse son « Plan d’action pour garantir le droit d’asile et mieux maîtriser les flux migratoires », initialement intitulé « Plan Migrations ».

Le résultat fut plus que décevant : révoltant. En l’espace d’une petite heure, le Premier ministre n’a fait que décrire la manière dont la France entend réduire le flux de migrants sur son territoire. La procédure de demande d’asile sera – comme promis par tous les gouvernements – accélérée mais en sachant pertinemment que la plupart seront refusées. Pour ceux qui sont déboutés de leur demande d’asile, ils feront "systématiquement l’objet d’une mesure d’éloignement". Le gouvernement envisage-t-il sérieusement de renvoyer au Soudan, en Afghanistan ou en Érythrée des personnes demandant l’asile à la France ? Pour donner un gage d’humanité, le gouvernement annonce la construction de 7 500 places d‘hébergement en CADA (Centre d’accueil pour les demandeurs d’asile) alors qu’il en faudrait des dizaines de milliers...

Depuis janvier 2017, 75 000 personnes ont risqué leur vie en Méditerranée ; l’Italie et la Grèce continuent de recevoir sur leur sol les rescapés de l’exil. La France, à l’inverse, est favorable à une coopération renforcée avec la Libye pour renforcer la surveillance des frontières, comme l’UE l’a déjà fait avec la Turquie. Le gouvernement fait semblant de ne pas comprendre les nouvelles réalités des migrations au XXIe siècle.

Élaboré sans concertation avec les acteurs de la société civile mobilisés depuis des années, ce plan additionne les inepties :

  • il ne préconise rien pour prendre en charge les situations à Calais, Grande-Synthe, Menton ou Paris, alors que l’État a été condamné à plusieurs reprises ces derniers mois à cause de l’indignité des conditions réservées aux migrants, à Calais notamment.
  • Il ne rappelle pas l’engagement pris par la France en septembre 2015, lors d’un Conseil européen convoqué en urgence après le choc de la mort du petit Aylan sur une plage turque, d‘accueillir 30 000 réfugiés se trouvant en Grèce et en Italie. Sur ce nombre, la France n’en a accueilli à ce jour que 4 000.
  • Il se limite à promettre un plan d’action « pour les mineurs non accompagnés visant à améliorer leurs conditions d’accueil » sans dire un mot sur ces centaines de mineurs, évacués en octobre 2016 de Calais, toujours coincés en France alors qu’ils veulent juste rejoindre leur famille en Grande-Bretagne.

En outre, ce plan ne répond pas à l’appeldes associations et des collectifs de solidarité avec les migrants qui demandent « un changement radical de politique migratoire » de la part du gouvernement français et demandent la convocation d’une conférence nationale sur ce sujet.

Ce plan n’en est pas un, car cette politique de fermeté – que la France applique depuis longtemps – ne fonctionne pas. Elle aggrave des drames humains. Elle fait fi de la capacité de notre pays à accueillir dignement ceux qui cherchent refuge, comme le prouve le bon millier d’initiatives répertoriées dans le cadre du Sursaut citoyen avec l’appui de VoxPublic. Seule une réponse empreinte de dignité associée à un travail d’explication en direction des citoyen-ne-s, serait politiquement acceptable. Angela Merkel l’a fait en Allemagne, des collectivités locales remarquables le font en Italie... tandis qu’en France, le nouveau gouvernement suit les traces de ses prédécesseurs en tournant le dos à l’humanité au lieu de tendre la main aux naufragés de l’histoire.

Jean-Marie, Nathalie, Arthur, Nathalie, Bertrand, Ivan et Erika, membres de l’Agora et de l’équipe salariée de VoxPublic

Photo : CC akahawkeyefan

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