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Nouvelle étude : que pensent les jeunes Européennes du futur ?

28 janvier 2026 dans

Les jeunes Européens : entre transformation ambitieuse et nostalgie populiste.

Les jeunes générations de cinq pays européens ont un point commun : elles réclament des changements. En France, 63 % des répondants souhaitent que les décideurses politiques prennent des mesures décisives en faveur de la transformation écologique et à repenser l un modèle de société qui n’est pas uniquement basé sur la croissance économique. En revanche, la polarisation, les idées réactionnaires radicales et l’approbation de la violence sont profondément marquées.

Paris, le 27 janvier 2026

La deuxième étude de la Fondation Allianz sur les générations futures a été réalisée à l’été 2025 sur la base d’un sondage représentatif mené auprès de plus de 8 500 jeunes âgés de 16 à 39 ans en France, en Allemagne, en Italie, en Pologne et en Espagne, les cinq plus grands États membres de l’UE qui abritent 65 % des jeunes et des jeunes adultes européens.

Feu vert pour un changement systémique : des jeunes engagés qui revendiquent un avenir durable

Dans les cinq pays, la mobilisation des jeunes est un marqueur des nouvelles générations : presque tous (97 %) s’engagent dans une forme d’action civique individuelle ou collective. En France, cela passe notamment par le vote aux élections (67 %), consommer de manière responsable pour répondre aux préoccupations climatiques (46 % déclarent boycotter des produits ou entreprises), faire des dons ou signer des pétitions en ligne, participer à des marches de protestation (39 %) ou des initiatives citoyennes (31 %) ou s’engager dans des mouvements politiques. Éducation, climat et environnement, droits humains, paix et conflits, lutte contre les discriminations : les facteurs qui motivent cette participation citoyenne témoignent d’une volonté de plus de justice sociale et environnementale.

Si l’engagement est une donnée commune, le bord politique varie : sur l’ensemble de l’échantillon européen et parmi les jeunes les plus engagés, 12 % s’identifient à gauche, 17 % au centre et 14 % à droite ; le reste n’est pas aligné sur un bord politique, ou reste sans affiliation claire. Malgré des différences idéologiques, ils partagent pourtant les mêmes grandes priorités pour leur pays et l’UE : près des deux tiers revendiquent un avenir durable qui ne soit plus centré sur la croissance économique, mais plutôt un environnement plus propre et des formes de participation politique plus significatives. Ce, même si cela implique d’accepter des compromis tels qu’un ralentissement des progrès ou une réduction du choix des consommateurrices. On observe des niveaux de soutien similaires chez les jeunes moins actifs sur le plan civique.

Une vision partagée du futur souhaitable, mais pas des moyens d’y parvenir

Un point de discorde récurrent consiste à trouver le juste équilibre entre l’intervention du gouvernement, l’initiative du secteur privé et la responsabilité individuelle. Cette tension est particulièrement évidente dans les débats sur les technologies du futur. En ce qui concerne l’intelligence artificielle, par exemple, aucune majorité claire ne s’est encore dégagée, ni en faveur d’une réglementation stricte, ni en faveur d’une utilisation généralisée avec un minimum de règles. 41 % des jeunes sont favorables à des règles plus strictes, tandis que 34 % préfèrent une approche plus ouverte. 25 % restent indécis, une tendance qui se retrouve dans toutes les affiliations politiques.

La mesure dans laquelle des sous-groupes radicalisés remettent en question les principes démocratiques fondamentaux est alarmante

La France se distingue par un fort courant radical : 17 % des jeunes approuvent pleinement les discours haineux, la violence politique ou d’autres tactiques radicales, et 35 % y sont partiellement favorables. On observe même un soutien aux attaques contre la démocratie, avec l’acceptation de tactiques comme le harcèlement et la violence en ligne pour 21 % des hommes et 14 % des femmes. Dans les débats sur la transformation de la société, une question est au cœur des préoccupations : qui devrait faire partie – et qui devrait bénéficier – d’une société future ? Il est par ailleurs préoccupant de constater que 28 % des jeunes Européens promeuvent une vision politique régressive d’un passé idéalisé. Cette idéalisation repose sur un retour aux rôles « traditionnels » des hommes et des femmes, et au prix des droits des personnes migrantes et des autres minorités.

L’étude rend compte de ces tendances à l’aide d’un nouvel outil analytique : le baromètre du retour de bâton. Le terme « retour de bâton » désigne une stratégie politique qui s’appuie sur la nostalgie pour rétablir une situation sociale antérieure, souvent idéalisée, même au détriment des principes démocratiques fondamentaux tels que la non-violence ou l’État de droit. Le baromètre montre que si la majorité des jeunes rejettent les actes politiques radicaux ou violents, 11 % d’entre eux considèrent que les manifestations illégales, les abus à l’encontre des opposants politiques et même la violence politique sont légitimes. Il est frappant de constater que 25 % des jeunes des cinq pays approuvent non pas toutes ces tactiques, mais la majorité d’entre elles, avec des niveaux de soutien encore plus élevés parmi les jeunes de droite.

« La mesure dans laquelle des sous-groupes radicalisés remettent en question les principes démocratiques fondamentaux est alarmante », déclare Simon Morris-Lange, directeur de recherche à la Fondation Allianz. « Leur mépris pour le débat civilisé, leur haine envers ceux qui ont des opinions différentes et leur soutien à la violence politique constituent un terrain fertile pour les mouvements radicaux de réaction. »

Face à cette réalité contrastée, les décideurs politiques sont appelés à saisir l’opportunité que représente l’engagement massif des jeunes générations tout en renforçant les garde-fous démocratiques. L’enjeu : canaliser l’aspiration au changement des 97 % de jeunes engagés vers des solutions souhaitables, avant que la polarisation et la radicalisation ne fragmentent davantage le tissu social européen.

Pour consulter l’entièreté de l’étude, rendez-vous ici.

À propos de l’étude

La série d’études « Next Generations » de la Fondation Allianz examine comment les jeunes Européens imaginent et façonnent l’avenir. Elle s’appuie sur une enquête représentative menée auprès d’adolescents et de jeunes adultes dans certains pays européens. L’objectif de cette série est de fournir aux responsables politiques et à la société civile des informations fondées et exploitables sur les aspirations, les valeurs et la participation civique des jeunes générations.

À propos du baromètre du rejet

Afin d’évaluer l’ampleur de la nostalgie politique et des sentiments radicaux chez les jeunes Européens, l’étude s’appuie sur un baromètre du rejet spécialement développé, c’est-à-dire un ensemble validé de 16 questions conçues pour mesurer l’affinité du public pour les politiques de rejet. Le baromètre fournit des données exploitables à la société civile et aux décideurs politiques européens. Il a été créé par la Fondation Allianz et l’Institut SINUS en collaboration avec des leaders de la société civile, le Centre des sciences sociales WZB de Berlin et avec le soutien méthodologique de l’Institut GESIS Leibniz pour les sciences sociales.