[Rapport] Liberté des médias dans l’UE : déclin et inertie politique
28 avril 2026 dans dans État de droit
Dans son rapport 2026 sur la liberté des médias dans l’Union européenne en 2025, le réseau Liberties (dont VoxPublic est membre pour la France) épingle une régression généralisée dans l’Union européenne. Agressions croissantes contre les journalistes, pressions politiques, concentration des médias : la situation se dégrade, y compris en France, malgré de nouvelles législations... que les gouvernements tardent à appliquer.
L’article ci-dessous est une traduction par VoxPublic de l’article publié par Liberties. Traduction avec DeepL, relecture VoxPublic.
Selon le rapport 2026 de Liberties sur la liberté des médias, la liberté et le pluralisme des médias dans l’UE en 2025 ont continué d’être minés par des problèmes de longue date. L’adoption de nouvelles règles européennes, notamment la loi européenne sur la liberté des médias (EMFA) et la directive anti-SLAPP (procédures baîllons), laissait entrevoir une amélioration ; cependant, leur mise en œuvre lente et souvent superficielle a rendu leur impact négligeable. Les tendances générales des années précédentes, notamment la concentration croissante de la propriété des médias, l’opacité des structures de propriété, la politisation de la publicité d’État et l’ingérence politique dans les médias de service public et les régulateurs, sont restées des problèmes omniprésents dans toute l’Union, certains domaines connaissant même une détérioration.
Ce rapport est le cinquième rapport annuel sur la liberté des médias dans l’Union européenne (UE) produit par le réseau Civil Liberties Union for Europe (Liberties). Il s’appuie sur les données et les contributions de près de 40 organisations membres et partenaires issues de 22 États membres de l’UE. Comme dans les éditions précédentes, ce rapport couvre trois domaines principaux : la liberté et le pluralisme des médias, la sécurité et la protection des journalistes, la liberté d’expression et l’accès à l’information, ainsi qu’une section supplémentaire consacrée à la législation européenne relative à la liberté et au pluralisme des médias.
La mise en œuvre de l’EMFA marque le pas alors que les conditions de la liberté des médias se détériorent dans l’ensemble de l’UE
La loi européenne sur la liberté des médias (EMFA) est le principal texte législatif de l’UE visant à renforcer la liberté et le pluralisme des médias sur son territoire ; elle est en vigueur depuis août 2025 (à l’exception de l’article 20). Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions définitives, mais notre rapport révèle que sa mise en œuvre dans l’ensemble de l’UE est au point mort dans la plupart des États membres. Sans mesures concrètes, les normes qu’elle fixe en matière d’indépendance des médias de service public, de transparence de la propriété et de protection des journalistes, ainsi que les règles relatives à la publicité d’État et à la concurrence, restent de nobles idéaux.
Nos conclusions montrent que de nombreux domaines que l’EMFA vise à traiter ont, en réalité, régressé, y compris dans des pays où la démocratie est traditionnellement plus forte. Un environnement sûr pour les journalistes est primordial dans une démocratie, afin que ceux-ci puissent rendre compte librement des questions d’intérêt public. Mais les agressions contre les journalistes ont augmenté d’année en année, avec des cas inquiétants de violence sexiste dans plusieurs pays, notamment une menace de viol en direct contre l’animatrice de radio Sanne Gottlieb au Danemark, qui a quitté l’émission « Nattevagnet » parce qu’elle ne se sentait plus en sécurité. L’Italie compte le plus grand nombre de journalistes (20) sous protection policière, et un engin explosif a été déclenché sous la voiture du célèbre journaliste d’investigation Sigfrido Ranucci.
Les médias de service public (MSP) ont été soumis à une pression croissante, étouffés par des ingérences politiques ou une instabilité financière, ce qui a gravement compromis leur capacité à fournir une information publique impartiale et diversifiée. En Hongrie, les MSP, entièrement sous emprise du pouvoir, ont servi d’outil de propagande pendant la période préélectorale. La Slovaquie, dont les MSP sont en passe de devenir le porte-parole de l’État, a suivi les traces de la Hongrie, tandis qu’en Espagne et en Bulgarie, des allégations de partialité politique ont été formulées concernant les thèmes abordés dans les débats. En France, la neutralité des médias de service public est menacée par une proposition visant à fusionner tous les organismes de presse publics.
La concentration de la propriété des médias a persisté, voire s’est aggravée dans certains pays, ce qui réduit l’accès à un journalisme diversifié et équilibré. Aux Pays-Bas, le pluralisme des médias s’est réduit à la suite de l’acquisition de RTL Nederlands par DPG Media, créant une position dominante sur le marché malgré de sérieuses inquiétudes quant à l’indépendance de la presse. En France, la propriété des médias est concentrée entre les mains de quelques milliardaires, tandis qu’en Grèce, la plupart des grands médias appartiennent à des familles oligarchiques ayant des liens avec le monde politique.
La transposition minimale des règles anti-SLAPP laisse les journalistes et les militants exposés
L’autre texte législatif majeur adopté pour renforcer la liberté des médias est la directive anti-SLAPP, destinée à protéger contre les poursuites judiciaires transfrontalières utilisées comme arme par les riches et les puissants pour réduire au silence les journalistes et les militantes. Les États membres ont jusqu’au 7 mai 2026 pour transposer la directive, mais, bien que certains signes de progrès aient été observés, notre rapport souligne que de nombreux gouvernements traînent les pieds et risquent de ne pas respecter le délai.
Les premières indications suggèrent également que la transposition de la directive anti-SLAPP ne devrait pas offrir une protection efficace aux militantes et aux journalistes. La grande majorité des poursuites SLAPP abusives sont des affaires nationales, mais très peu de gouvernements se sont engagés à étendre les protections de la directive au-delà de ses exigences minimales transfrontalières. L’Allemagne et Malte ont été critiquées pour avoir choisi d’exclure les affaires nationales, tandis qu’en Irlande, le projet de loi modificatif sur la diffamation ne transpose pas pleinement les normes et garanties minimales imposées par le droit européen.
Les gouvernements de l’UE font preuve d’un engagement limité en faveur du renforcement des garanties de liberté des médias
Dans l’ensemble, cela donne clairement l’impression que les gouvernements de l’UE sont, au pire, réticents et, au mieux, ambivalents face à leur devoir de préserver la liberté et le pluralisme des médias.
Cette impression est corroborée par les maigres résultats obtenus dans la mise en œuvre des recommandations formulées par la Commission dans son rapport annuel sur l’État de droit, la liberté des médias figurant parmi les domaines thématiques où les progrès sont les plus faibles et où la plupart des recommandations sont reprises des années précédentes.
Même dans les pays affichant un bilan démocratique plus solide, l’absence d’efforts pour donner suite à des recommandations importantes est très préoccupante.
Nous en avons vu la preuve en Belgique et en Estonie, où la Commission a réitéré la même recommandation depuis 2022 pour remédier aux obstacles rencontrés par les journalistes cherchant à accéder à l’information publique, sans qu’aucune mesure n’ait été prise par l’un ou l’autre de ces pays en 2025. De même, en Allemagne, une recommandation de longue date visant à lever les obstacles rencontrés par les journalistes cherchant à obtenir des informations auprès des autorités publiques n’a également donné lieu à aucune amélioration.
L’érosion de la liberté des médias révèle un manque de volonté politique pour défendre la démocratie
Mais si les gouvernements de l’UE, y compris ceux des démocraties les plus solides, doivent être contraints de renforcer la liberté des médias contre leur gré, la Commission ne semble pas disposée à prendre les mesures nécessaires, comme en témoigne l’absence de conséquences suite à des recommandations répétées et restées sans suite.
Tant au niveau européen qu’au niveau national, la volonté politique de s’attaquer aux problèmes qui minent la détérioration du paysage médiatique européen fait défaut. C’est de mauvais augure, car l’état de la liberté de la presse est un indicateur de la santé de l’État de droit.
Demander des comptes à nos représentants élus est le fondement d’une démocratie florissante. Les outils pour rétablir la liberté de la presse en difficulté en Europe sont en place, et les prochaines étapes sont claires : la question est de savoir si les États membres et l’UE sont prêts à faire le nécessaire.

