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« Esprit du 11 janvier » es-tu (encore) là trois ans après ?

Publié le 11 janvier 2018

« Vous ne nous faites pas peur » scandaient des millions de personnes le 11 janvier 2015 dans les rues de France pour marquer leur détermination à résister aux terroristes qui venaient de frapper la rédaction de Charlie Hebdo et les clients juifs d’un magasin cacher parisien. Ils et elles étaient descendus dans la rue pour exprimer un désir de fraternité, un souhait de plus grande cohésion sociale, une volonté de tolérance à l’égard des opinions, aussi contradictoires soient-elles, et la possibilité d’un dialogue apaisé autant entre croyants qu’entre croyants et non-croyants.

La réponse citoyenne face aux équipées meurtrières de quelques terroristes fanatisés semblait claire : « nous répondrons à vos crimes par plus de liberté et de fraternité ».

Marche du 11 janvier 2015 à Paris

Trois ans plus tard, l’état de l’opinion a profondément changé. Après l’abominable tuerie du Bataclan du 23 novembre 2015, puis les attaques qui ont suivi notamment à Nice le 14 juillet 2016, la peur a gagné les esprits et la colère a obscurci les cœurs. La flamme d’humanité allumée en janvier 2015 a vacillé sous le souffle putride des terroristes qui ont réussi à ébranler profondément notre société. Face à cette fragilisation du corps social, les plus hautes autorités de l’État, au lieu de soutenir l’esprit de fraternité, sont tombées dans le piège de l’escalade sécuritaire censée rassurer les Français. La dernière loi antiterroriste entrée en vigueur le 1er novembre 2017, introduit dans le droit commun les dispositions de l’état d’urgence, entérine une vision du droit qui porte atteinte à des droits fondamentaux et institutionnalise une logique de suspicion à l’égard d’une partie de la population (en l’occurrence musulmane ou perçue comme telle).

Ces mêmes lois justifient la fermeture et le contrôle des frontières face à des migrants présentés comme une menace. Ceux qui fuient les guerres et la misère sont suspectés d’être les complices de Daech... Quant aux policiers, qui étaient applaudis par la foule après les attentats, leur gloire éphémère a laissé place à des pratiques honteuses, tant dans le harcèlement des migrants et de ceux qui viennent à leur secours (accusés de « délit de solidarité »), que dans le traitement répressif des populations, en particulier les jeunes des quartiers populaires. Ce ne sont pas là des actes isolés, mais les résultats de directives politiques dont les donneurs d’ordre sont les premiers à blâmer.

Et pourtant, malgré les attaques terroristes, malgré la réponse sécuritaire des gouvernements successifs, malgré les discours de haine anti-migrants et la stigmatisation de l’Islam, la société française fait preuve de résilience, en particulier grâce à ces centaines de milliers de citoyens et d’acteurs de la société civile mobilisés pour promouvoir le vivre ensemble. Nous avons lancé VoxPublic fin 2016 avec l’ambition de contribuer à une société plus juste, plus tolérante. Nous sommes persuadés que les citoyens peuvent agir efficacement pour pousser nos responsables politiques à agir dans le sens de la cohésion sociale et non pas surfer sur le sentiment de peur attisé par le groupe État islamique et par les discours haineux de l’extrême droite. Nous ne souhaitons pas les laisser gagner cette bataille et appuierons tous les acteurs porteurs de justice sociale et promoteurs de fraternité. C’est un travail de longue haleine. Puisse l’an 2018 être une année faste dans cette reconstruction.

L’équipe de VoxPublic

Photo CC : Gongashan

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