[Communiqué de presse] L’association Flagrant déni sur les rouages de l’impunité policière
19 novembre 2025 dans dans État de droit, démocratieNos actus
Lors de la conférence de presse tenue le mardi 18 novembre, l’ONG Flagrant déni a dévoilé les résultats de son enquête sur le traitement judiciaire partial des violences policières en France. Dans son rapport inédit, l’association fait le constat alarmant d’une augmentation globale de la délinquance policière, pourtant impunie, et d’un manque criant d’indépendance de la justice.
Au cours de la conférence de presse animée par Erika Campelo (VoxPublic), se sont exprimées Lionel Perrin (Flagrant déni), Mélanie N’goye-Gaham (Collectif des mutilées pour l’exemple) et Mohamed Jaite (président du Syndicat des Avocats de France). Pour chacune, la conclusion est la même : toutes les preuves des dérives de "la police des polices" sont réunies, il faut désormais passer à l’action. « Il faut une volonté politique forte face à l’inaction des autorités exécutives et judiciaires. Nous demandons une enquête parlementaire et le respect de l’état de droit », a déclaré Lionel Perrin. Pour les écouter, une salle comble réunissait des journalistes, parlementaires, associations et collectifs de victimes, ainsi qu’une représentante de la Défenseure Des Droits.
COMMUNIQUÉ DE PRESSE
Polices des polices : il est temps de tout changer
Paris, le 18 novembre 2025
Traitement judiciaire des violences policières : l’ONG Flagrant déni analyse dans un rapport inédit les ressorts d’une impunité policière grandissante. Augmentation massive du nombre d’affaires de violences par personne dépositaire de l’autorité publique, délinquance policière, crise de l’IGPN, manque d’indépendance et rôle des méconnues « cellules déontologie » à l’échelle locale, encore moins indépendantes, Flagrant déni épingle une institution policière à la dérive.
Au terme d’une enquête de plusieurs années, l’association Flagrant déni expose les mécanismes qui favorisent l’impunité policière en France dans son rapport « Polices des polices : pourquoi il faut tout changer ».
« Sur l’IGPN, le constat c’est qu’il s’agit d’une machine à valider, à justifier, à blanchir les policiers. Parfois malgré des situation assez flagrantes, l’IGPN sera là pour justifier et aller dans le sens des policiers. » Me Mohamed Jaite, Président de la section de Paris du Syndicat des Avocats de France
Les constats alarment, et leurs conséquences sont perverses. L’IGPN, si bien connue du grand public, ne traite en réalité plus que 10% des affaires judiciaires, laissant des services locaux, tels que les « cellules déontologie », jouer un rôle de plus en plus important. Or, ces services présentent encore moins de garanties d’indépendances que l’institution mère, déjà lourdement critiquée. Dans les faits, les pratiques d’enquête suivent moins les principes juridiques issus du droit international et les droits fondamentaux, qu’elles n’obéissent aux lois de la pénurie.
Le résultat est sans appel : un effondrement progressif de la capacité d’investigation de l’appareil judiciaire. Les chiffres sont douloureux : le taux d’élucidation des affaires de violences policières a baissé de 25 % entre
2016 et 2024 (données inédites du ministère de la Justice).
« Nos affaires sont classées “sans suite” mais pour nous il y a des suites. Il y a des opérations, des traumas. La réparation des familles endeuillées passe obligatoirement par la justice même si on n’y croit plus vraiment » Mélanie N’goye-Gaham, Collectif Mutilées pour l’exemple
L’objectif de toute enquête pénale, à savoir retrouver les auteurs, n’est même plus assuré dans la moitié des cas de violences policières. L’affaire spectaculaire de Sainte-Soline fournit un énième exemple de cette réalité statistique. En dépit d’une enquête de deux ans et demi, d’une documentation exceptionnelle (2000 vidéos, 5000 photos, des dizaines de témoignages, des expertises), la justice n’a pas été capable d’identifier un seul policier responsable. Malgré la pression exercée par l’exposition médiatique du dossier, la retranscription des preuves vidéos a été tronquée par le service d’enquête.
À Marseille, à Vaulx-en-Velin, à Corbeil-Essonnes, les victimes et les familles de victimes se confrontent à cette impunité chaque jour. Dans l’affaire El Khalfaoui, des scellés ont disparu avant de réapparaître miraculeusement quelques jours après que le ministre de la Justice s’est saisi de l’affaire. Dans l’affaire Zecler,
tout le monde a pu voir le caractère raciste de l’agression policière, sauf la justice. Dans l’affaire Bico, des preuves balistiques essentielles n’ont pas été saisies. Il ne s’agit pas de dysfonctionnements ponctuels, mais de pratiques systémiques et généralisées.
C’est bien ce qui rend ces pratiques insupportables : elles ne font que se répéter et s’amplifier. Si les pratiques policières illégales perdurent et s’aggravent, c’est aussi parce que la justice n’assure pas son travail de contrôle. Cela fait des années que les critiques et les préconisations s’accumulent sur le sujet, sans aucun effet.
« Il faut une volonté politique forte face à l’inaction des autorités exécutives et judiciaires. Nous demandons une enquête parlementaire et le respect de l’état de droit » Lionel Perrin, association Flagrant déni
Pourtant, il n’y a aucune fatalité. Nos investigations révèlent que les propositions, qu’elles émanent d’autorités extérieures ou de praticiens, tout comme les solutions éprouvées à l’étranger, ne manquent pas. Ce qui manque, c’est une volonté. Or, si le pouvoir judiciaire reste passif, si l’exécutif persiste à durcir sa doctrine d’intervention des forces de l’ordre, alors la balle est dans le camp du législateur.
Aujourd’hui, nous avons besoin d’une enquête parlementaire approfondie pour répondre aux questions que notre rapport laisse ouvertes : qui sont et que font exactement les « cellules déontologie » ? Pourquoi les parquets sont-ils si peu enclins à poursuivre les policiers ? Comment leur donner plus d’indépendance ? Comment revenir vers un taux d’élucidation des affaires acceptable dans un État de droit ? Notre enquête le prouve : y compris dans les rangs de la police, des personnes témoignent pour que les choses changent.
Il est grand temps de légiférer.
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Pour découvrir le rapport, rendez-vous ici.
En savoir plus sur le partenariat entre VoxPublic et Flagrant déni.
Revue de Presse :
• AEF info, « "La délinquance policière dans son ensemble est en augmentation" (Flagrant Déni) », par Thomas Lapointe, le 18/11/2025
• BFM TV avec AFP, « Taux d’élucidation en baisse, interrogation sur l’indépendance des enquêteurs… Une ONG pointe les défaillances de la police des polices », par JMA et Alexandra Gonzalez, le 18/11/2025
• Bondy Blog, « La résolution des affaires de violences policières a chuté de 25 % en 10 ans, selon un rapport d’ONG », par Lilian Ripert, Dounia Dimou, le 18/11/2025
• France 24 avec AFP,« Violences policières : derrière l’IGPN, l’opacité des enquêtes locales dénoncée par une ONG », le 18/11/2025
• France Culture, « Les cas de violences policières sont en hausse et quasiment pas sanctionnés, affirme une ONG dans un rapport » par Anne Fauquembergue, le 18/11/2025
• La Voix du Nord avec AFP, « Violences policières : Flagrant déni désavoue l’IGPN et dénonce l’opacité des enquêtes », le 18/11/2025
• Le Monde, « Les limites des « cellules de déontologie », juges et partie des manquements au sein de la police », par Arthur Carpentier, le 18/11/2025
• Le Nouvel Obs avec AFP, « Violences policières : IGPN, enquêtes locales, hausse des cas… Le rapport d’une ONG dénonce l’opacité du traitement des affaires » », le 18/11/2025
• Le Parisien avec AFP, « Violences policières : l’IGPN ne traite qu’environ 10 % des enquêtes pénales visant des policiers, révèle un rapport d’une ONG », le 18/11/2025
• L’Humanité, « + 60% d’affaires de violences policières : ce rapport qui révèle comment l’État organise l’impunité » par Alexandre Fache, le 18/11/2025
• Médiapart, « Depuis dix ans, « l’impunité policière s’accroît » selon l’étude d’une ONG », Camille Polloni, le 18/11/2025
• Politis, « IGPN : la grande faillite du contrôle des policiers », par Maxime Sirvins, le 18/11/2025
• Rapports de force, « Violences policières : contrairement à ce que dit l’IGPN, le nombre d’affaires ouvertes est en hausse », Guillaume Bernard, le 18/11/2025
• Reporterre, « Violences policières : des chiffres inédits accablent la police des polices », par Marie Astier, le 18/11/2025
• TV5 Monde avec AFP, « Violences policières : derrière l’IGPN, l’opacité des enquêtes locales dénoncée par une ONG », le 18/11/2025
• Anadolu Ajansi , « France / Violences policières : un rapport dénonce "l’impunité" », par Ümit Dönmez, le 19/11/2025
• BFM TV, « Le patron de l’IGPN dénonce un "rapport assez biaisé" et un "acte militant" après une enquête d’une ONG sur les défaillances de la Police des polices » », par Oriane Edouard, le 19/11/2025
• Contre Attaque , « L’ONG Flagrant Déni décrypte la fabrique de l’impunité policière », le 19/11/2025
• France 24 avec AFP, « Le patron de l’IGPN veut renforcer le contrôle des cellules de déontologie », le 19/11/2025
• France Info, « Violences policières : le rapport de l’ONG Flagrant déni est "une action militante", réagit le patron de l’IGPN », le 19/11/2025
• France Info, « Violences policières : "Les choses, peut-être, commencent à bouger" », avance l’ONG Flagrant déni », le 19/11/2025
• L’Humanité, [ « Après les révélations de l’Humanité et Flagrant Déni, le patron de l’IGPN admet qu’il faut « dépayser » les enquêtes en cas de « conflit d’intérêts » » ] par Alexandre Fache, le 19/11/2025
• Le Média, « Révélations sur l’IGPN : ce que Flagrant Déni a découvert sur l’impunité des policiers », par Nadia Sweeny, le 20/11/2025
• Charlie Hebdo, « Rapport sur l’IGPN : découvrez votre parcours en cas de violences policières », par Foolz, le 26/11/2025
